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Les medias et la transition -> Slovenie
LA RTV NATIONALE - UNE MONNAIE D'ECHANGE
31.01.2003: Gojko Bervar

A peine l'ancien premier ministre de Slovénie, Janez Drnovsek, s'était-il installé au poste de chef de l'Etat qu'une partie de l'opposition (le Parti social-démocrate de Janez Janse et "La Nouvelle Slovénie " du Dr. Andrej Bajuk) a envoyé au nouveau premier ministre une pétition en six points, exigeant que les milieux politiques se répartissent de nouveau le pouvoir.

            - Premièrement, les séances du parlement devront être retransmises directement à la télévision.

            - Deuxièmement, la RTV devra être divisée en deux chaînes; dont l'une sera entre les mains de l'opposition.

            - Troisièmement, il conviendra de créer un fonds spécial destiné à la presse afin d'en accroître l'indépendance.

            - Quatrièmement, il faudra créer les conditions permettant à tous les partis parlementaires de travailler dans les mêmes conditions, avant tout en se répartissant l'espace réservé autrefois aux anciennes organisations socio-politiques.

            - Cinquièmement, l'opposition devra obtenir au moins un tiers des postes dans les organes de contrôle des entreprises publiques et gouvernementales et, sixièmement, les nominations aux fonctions de l'OTAN et de l'UE devront concerner tant les membres de l'opposition que ceux des partis gouvernementaux.

Alors que l'on pourrait dire de la première et dernière de ces exigences qu'elles sont en partie justifiées, toutes les autres découlent d'une mentalité antérieure à la démocratie, de la conviction aussi que l'Etat appartient aux hommes politiques et que tout ce qui s'y déroule devrait se situer dans le cadre d'un accord sur la répartition des influences entre les partis parlementaires.

Mais même ces deux propositions ont leurs imperfections : ce n'est pas le rôle de la politique de gérer le schéma des chaînes de la télévision. Par ailleurs l'attribution des postes selon le prochain quota réservé aux cadres slovènes à l'OTAN et l'UE ne peut se rapporter à l'ensemble des fonctions, mais uniquement à celles qui sont généralement liés à la prise de décision politique. Ce sont là par ailleurs des fonctions exigeant avant tout le professionnalisme et elles ne devraient pas faire l'objet d'un marchandage politique.

 

Un ballon d'essai pour le nouveau Premier ministre

Mais j'aimerais faire l'analyse de l'une, seulement, des six exigences posées au nouveau Premier ministre - à titre de ballon d'essai surtout - et qui a trait au problème de la répartition des chaînes de la RTV nationale, et avant tout de la télévision. Cette exigence n'a rien de nouveau et a déjà été posée, dans l'ensemble par les membres de ces mêmes partis. Elle s'inspire du modèle de la Rai italienne, où les deux chaînes nationales sont depuis des années déjà réparties comme on voudrait qu'elles le soient maintenant en Slovénie. Il faut pourtant ajouter que le modèle italien est considéré partout en Europe et par les experts des médias comme étant problématique, et professionnellement contestable. Les journalistes ont pourtant réussi, malgré cette division et grâce surtout à leurs puissants syndicats et à leurs associations, à maintenir un haut degré de professionnalisme et à garder leur indépendance par rapport aux partis - lesquels exercent en principe une influence prédominante sur l'une ou l'autre de ces deux chaînes. Depuis l'arrivée de Berlusconi à la tête du gouvernement italien, cette indépendance est remise en question et la RAI se transforme de plus en plus en une arme qui repose entre les mains d'un seul homme, lequel exerce par ailleurs une forte pression sur les médias italiens. Après le changement des cadres et l'introduction de la discipline à la RAI, cette pression est devenue générale - soutenant ainsi, ou du moins facilitant, l'introduction du principe d'une division de la télévision nationale en sphères d'influence.

Mais alors qu'en Italie les milieux politiques, avant l'arrivée de Berlusconi du moins, savaient pertinemment que s'immiscer à long terme dans les affaires des journalistes allait à l'encontre des intérêts de la politique elle-même - car en fin de compte plus personne ne croit les journalistes trop disciplinés - l'objectif que se pose une partie de l'opposition slovène est en fait de s'approprier l'Etat. Ce qui est humiliant pour les journalistes eux-mêmes, sous-entendant qu'ils sont prêts à jurer fidélité à n'importe qui, si on leur fait comprendre qui désormais tient le bâton.

 

Les médias ont-ils fait acte de loyauté vis-à-vis des pouvoirs?

Les deux partis en question affirment depuis déjà des années que de toutes façons les médias ont fait acte de loyauté vis-à-vis du pouvoir, alors que pendant la brève période de temps où ils ont eux-mêmes exercé ce pouvoir, les médias n'ont pas pour autant changé de camp. Au lieu d'analyser ce qui ne marche pas chez eux et dans leurs tentatives pour améliorer leur propre image médiatique, ces partis ont immédiatement avancé l'argument selon lequel les cadres les plus importants appartenaient toujours à la vieille garde issue du système à parti unique et que la situation ne pourrait évoluer tant qu'on n'en serait pas débarrassé. Il a pourtant été constaté, au terme d'une analyse plus poussée, qu'au cours des treize dernières années, non seulement tous les dirigeants des médias avaient changé, mais aussi la grande majorité des équipes de journalistes associées au monde et aux hommes politiques. Un grand nombre de jeunes journalistes ont été recrutés par les "grands" médias dans les anciens journaux d'étudiants ou dans des stations de radio comptant, sous l'ancien régime, parmi les plus grands critiques du communisme, du totalitarisme et de leurs déviations.

Tanja Staric, rédactrice du programme d'information de la télévision slovène, par exemple, a toujours été une journaliste réputée pour être d'une parfaite objectivité, mais aussi pour avoir la langue bien pendue. Et voilà que suite à une interview électorale un peu caustique avec l'un des candidats, une plainte a été déposée contre elle auprès du Conseil de la RTV exigeant qu'elle soit "démise " de ses fonctions. Le Conseil n'a heureusement pas jugé bon de servir d'exécuteur politique.

La séparation de la télévision nationale (la radio semble moins intéressante pour les hommes politiques) en deux chaînes dominées prioritairement soit par le gouvernement soit par l'opposition, est peut-être un projet élaboré de toute urgence par les partis en question, sans doute pris de panique devant leurs résultats électoraux, de plus en plus insatisfaisants. De toutes manières, on sous-estime les téléspectateurs et auditeurs des chaînes nationales - comme si cela leur était indifférent, lorsqu'ils écoutent ou regardent les informations, de devoir tenir compte du fait qu'il s'agit d'informations venant d'un milieu politique spécifique et que s'ils veulent une deuxième interprétation, il leur faut passer sur une autre chaîne.

Les journalistes de la chaîne nationale se sont aussi rendus compte de l'aspect comique de cette histoire. C'est ainsi qu'à "Radio Slovénie", des "questionnaires" se sont mis à circuler, demandant aux journalistes sur quelles chaînes ils aimeraient travailler et si les films érotiques diffusés par l'opposition seraient meilleurs que ceux de l'Etat; ou encore quels acteurs se produiraient dans les émissions dramatiques de la télévision gouvernementale et lesquels dans celles de l'opposition; sans parler des chanteurs pop, qui auront bien du mal à se ranger du bon côté.

 

Gojko Bervar est journaliste et editorialiste de la Radio Slovenie. Traduction: N.D. © Media Online 2003. All rights reserved.

 
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