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Les medias, la culture et la societe -> Slovenie
LES MINORITES RELIGIEUSES: LES MEDIAS ET L'ISLAM
15.05.2003: Gojko Bervar

La télévision commerciale de Ljubljana POP TV a organisé au début de cette année un débat sur la construction d'une mosquée à Ljubljana. L'idée d'engager à nouveau la polémique à ce sujet était non seulement parfaitement légitime mais s'est imposée à la suite des élections locales et présidentielles, au cours desquelles ce problème a souvent été évoqué par les hommes politiques locaux et les candidats à la présidence. En Slovénie, les musulmans luttent depuis déjà plus de trente ans pour obtenir la construction d'un lieu de culte islamique et l'ont même fait sous le régime unipartite, lequel s'efforçait, par une approche sélective aux différentes communautés religieuses, de faire passer un message à l'église catholique, à savoir qu'une coopération avec le gouvernement pourrait entraîner certains privilèges.

 

 Mais si l'église catholique devait tirer la leçon de la façon dont les dirigeants socialistes de l'ancienne Yougoslavie se sont comportés vis-à-vis des musulmans et de leurs revendications religieuses, ce message n'avait certainement rien de très attrayant. Le pouvoir évoquait à tout propos la liberté religieuse et assurait que la construction d'un lieu de culte islamique serait bientôt chose faite. Au moment même où cela semblait devoir se réaliser, des représentants des collectivités locales, particulièrement "pointilleux", entraient en scène; ils étaient favorables, en principe, à la construction d'une mosquée - mais pas dans leur environnement, pas à ce moment-là et pas sous cette forme.

 

La religion au service de la politique

Inutile de souligner que dans certains autres cas, la voix de ces représentants ne se faisait pas toujours aussi bien entendre, pourtant dans ce cas précis tout a pris une tournure singulièrement démocratique. Ce plan a connu plusieurs changements, puis est demeuré le même après la transformation du régime, devenu pluraliste, - mis à part le fait que les raisons invoquées pour reporter le projet de construction ne l'étaient plus par un seul parti, mais par cinq ou six .

 

L'église catholique, dont la situation, après le changement de régime, s'était nettement améliorée, n'a pas vraiment soutenu les revendications de ses frères musulmans, bien qu'elle eut dû suivre l'exemple du Pape Jean-Paul II qui a contribué personnellement à faire construire une nouvelle mosquée à Rome.

 

Après la fin des conflits balkaniques, alors que les musulmans de Slovénie s'imaginaient que le temps était enfin venu de voir ces promesses se réaliser, tout a été de nouveau remis en question. L'emplacement avait été choisi, le projet de plan urbanistique modifié, pourtant l'attribution du permis de construire était sans cesse ajournée. La municipalité, qui soutenait en principe ce projet, attendait la fin des élections locales afin que cette histoire de mosquée "ne soit pas utilisée à des fins politiques", comme on avait l'habitude de le dire alors.

 

Couverture correcte des médias

Les médias ont immédiatement réalisé qu'il s'agissait là d'un thème susceptible d'être intéressant et ils ont évoqué à plusieurs reprises la question de la construction d'un lieu de culte islamique à Ljubljana. Largement soutenus par le nouveau mufti de Slovénie Osman Djogic, dynamique et énergique, qui s'imaginait de toute évidence qu'était venue la fin des éternels atermoiements des politiciens. C'est ainsi que la question du droit des musulmans à leur lieu de culte s'est retrouvée au centre de la campagne électorale. Précisons qu'en règle générale les médias slovènes se sont acquittés de leur tâche de manière très professionnelle et impartiale, faisant parfois même preuve d'une certaine sympathie vis-à-vis de la communauté musulmane.

 

Il n'y a pas eu, dans les médias slovènes, des cas de manipulation similaires à ceux qu'a mentionnés récemment à une Table ronde à Ljubljana le journaliste pakistanais Bashy Qourtashy, qui vit au Danemark et préside l'Association européenne contre le racisme. Qourtashy a en effet décrit le lancement d'une campagne similaire pour la construction d'une mosquée à Copenhague. L'un des principaux journaux avait reproduit alors délibérément la photo DE LA PLUS GRANDE MOSQUEE de Turquie, sous le titre : "Voulez-vous vraiment voir construire pareille horreur à Copenhague?" Non, il n'y a vraiment eu aucune manipulation de ce genre dans les médias slovènes.

 

Mais revenons-en à la Table ronde sur la mosquée, organisée par la station commerciale Pop TV. Les rédacteurs avaient procédé parallèlement à un sondage de l'opinion publique par 'télévote'. Ce sondage avait débuté deux heures avant le début de l'émission et révélé qu'à Ljubljana, l'idée de la construction d'une mosquée bénéficiait d'un certain soutien. Avant l'émission, le nombre des pour dépassait de 10% celui des contre. Pourtant, au cours de la discussion dans le studio, la situation a totalement changé et, en fin de compte, le nombre des opposants l'a emporté de 20% sur les partisans de la construction d'une mosquée en Slovénie. Que s'était-il donc passé?

 

L'opinion publique a-t-elle changé d'avis?

L'animateur de l'émission, le journaliste Uros Slak, estime que le tournant décisif est intervenu lorsque le mufti, à qui l'on demandait combien de mosquées il estimait qu'il fallait construire en Slovénie, a répondu : "une trentaine". Même ceux qui estimaient que l'existence d'un lieu de culte était un droit constitutionnel des musulmans slovènes ont été choqués par l'outrance de ces exigences, qui ne correspondait pas à la réalité. Ils auraient sans doute accepté que les quelques dizaines de milliers de musulmans que compte la Slovénie aient droit à un moment donné à cinq ou six mosquées, l'important étant d'obtenir le droit de construire la première et ensuite, à force de patience, d'en construire encore d'autres.

 

Un autre handicap de l'actuel mufti est le fait qu'il ne parle pas le slovène. Il n'y a pas longtemps qu'il est en Slovénie et il commence tout juste à apprendre la langue. Les Slovènes, étant un petit peuple, sont très susceptibles quand il s'agit de leur langue et ceux qui la parlent ont droit à toute leur sympathie. Ils restent par contre plutôt réservés envers ceux qui, bien que vivant en Slovénie, ne maîtrisent pas la langue. Le mufti donc, était désavantagé dès le départ.

 

Bashi Qourtashi estime que la propre ghettoïsation des musulmans dans les pays européens est l'un de leurs plus grands problèmes. S'ils désirent attirer l'attention des représentants du peuple et de la religion majoritaire sur leur situation et les avantages de leur culture, ils doivent se mêler au public, participer aux discussions et y envoyer leurs représentants les plus brillants, apprendre à communiquer et combattre les préjugés, qui se répandent aussi à travers les médias.

Genèse des stéréotypes

Ahmed Pasic, jeune journaliste et auteur de l'ouvrage L'Islam et les musulmans en Slovénie, précise que dans les médias slovènes et européens, certains contenus sont toujours associés à l'adjectif 'islamiste' : fondamentalisme islamiste, extrémisme islamiste, terroristes islamistes. " Avez-vous jamais entendu parler, dans les journaux, d'une armée républicaine irlandaise CATHOLIQUE? " Cet adjectif, associé à certaines activités et comportements, a créé peu à peu l'impression qu'il s'agissait là d'une véritable équation : tous les musulmans sont des fondamentalistes, des terroristes, des assassins, des combattants du djihad..

 

Les rapports entre des gens de différentes races, langues ou religions et le peuple majoritaire sont toujours délicats. Il s'agit ici du syndrome de l'étranger qui arrive dans un village. Même si tous les habitants savent pertinemment que le massacre des poules dans un des poulaillers est l'Å“uvre du voisin qui est brouillé avec le propriétaire, tous en rejettent la faute sur l'étranger qui traversait par hasard ce village. Tocvi Kuzmanc, dans son Å“uvre "Ljudi sa pola stresice" (People with half-stress)- pensant aux personnes dont les noms se terminent en "ic" au lieu du slovène itch, plus guttural, et dont on souligne toujours la nationalité dans les chroniques judiciaires des journaux, alors que ces mêmes journaux n'écrivent jamais, par exemple, que tel ou tel crime a été commis par le SLOVENE tel ou tel.

 

De ce point de vue, donc, les médias slovènes ne diffèrent guère de ceux de l'ouest - ils suivent eux aussi largement l'exemple des grands journaux européens, réduisant l'islam et les musulmans à une seule et même équation.: une longue barbe, une masse fanatisée qui invoque Allah à genoux - cris et revendications, saleté et pauvreté. Bashi Qourtashi a montré tout le grotesque de ces stéréotypes en exhibant la photographie de deux policiers égyptiens embarquant justement un jeune barbu de ce type, parue dans un journal occidental et sous-titrée : "La police EMBARQUE UN MUSULMAN." Vu qu'il s'agit de policiers égyptiens, en fait ce MUSULMAN EST EMBARQUE PAR DEUX AUTRES MUSULMANS - ce qui n'est précisé nulle part.

 

Gojko Bervar est journaliste et spécialiste des affaires intérieures et question religieuses à Radio Slovénie. (Traduction: N.D.)

 
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